Interview des fondateurs du site Avenue des Investisseurs

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Par Julien

20/12/2020


Si vous avez lu mon dernier article sur mon Top 10 des articles sur la Bourse, vous les connaissez déjà.

Ludovic et Nicolas sont les fondateurs du site Avenue des Investisseurs.

Ils ont très vite trouvé leur public, grâce à des articles de très grande qualité, à la fois accessibles et complets.

Si vous voulez apprendre à investir en Bourse (ou dans l’immobilier), ce site devrait faire partie de vos favoris !

C’est donc pour moi une réelle chance d’avoir pu interviewer de ces deux passionnés, dont je m’estime proche en termes de philosophie d’investissement.

Découvrez sans plus attendre cette interview, qui pourra sans doute vous inspirer !

Contenu de l'article

INTERVIEW

Bonjour à vous et tout d’abord merci de me consacrer une partie de votre temps. C’est pour moi une réelle chance de pouvoir interviewer les fondateurs d’un blog comme le vôtre, qui a rapidement rencontré un grand succès et qui figure aujourd’hui parmi les références des sites sur la Bourse !

Bonjour Julien, le plaisir est partagé. Nous apprécions de pouvoir échanger avec nos confrères passionnés par l’investissement. Cela nous donne l’occasion d’exposer notre vision de l’investissement et les stratégies que l’on affectionne pour développer son patrimoine.

Pouvez-vous tout d’abord vous présenter en quelques mots ?

Je suis Ludovic, je suis chercheur depuis une dizaine d’années (je travaille dans le domaine de la pharmacochimie et de l’informatique). En parallèle, j’ai toujours eu un grand intérêt pour la finance et l’investissement, notamment pour l’investissement en actions. J’en suis donc arrivé à cofonder le site Avenue Des Investisseurs début 2018 avec Nicolas, tout autant passionné que moi, sinon davantage encore. 

Ainsi, nous avons le plaisir de partager nos connaissances sur le domaine de l’épargne sur notre blog. On couvre toutes les classes d’actifs et on s’efforce d’être toujours pédagogues (on s’adresse au grand public) et de proposer des solutions concrètes et simples aux épargnants pour agir et optimiser leurs revenus de l’épargne.

Personnellement, j’ai commencé à m’intéresser à la Bourse à l’âge de 30 ans et je regrette de ne pas l’avoir fait plus tôt. Qu’en est-il pour vous ? A quel âge avez-vous commencé à investir en Bourse et auriez-vous voulu investir plus tôt ?

Ludovic : Je m’intéresse à la bourse depuis mon plus jeune âge, mais j’ai commencé à investir seulement vers 23 ans. Ce moment coïncide avec la chute des marchés en 2008. Je n’aurais pas pu investir plus tôt car je n’avais pas d’argent avant cela (j’étais étudiant). Et en 2008, je ne disposais que de 5 000 euros à investir.

C’est la chute des marchés actions qui m’a décidé à passer à l’action. Je me suis positionné sur de grosses valeurs du CAC 40 (Renault, Kering, etc.) dont les cours avaient fortement souffert, mais dont la survie me semblait néanmoins plus que probable. Les ratios cours/bénéfice étaient à des niveaux historiquement bas. L’occasion était trop belle !

Nicolas : de mon côté, j’ai commencé à investir début 2010, j’avais 27 ans. Déjà 11 ans en bourse ! Seulement 2 années négatives : 2011 et 2018, à l’image des marchés actions. Comme Ludovic, j’ai été “excité” par le krach 2008-2009, je me suis renseigné fin 2009, puis j’ai sauté le pas début 2010.

Évidemment, j’aurais aimé investir bien plus tôt. Si seulement mes parents, ou l’éducation nationale, m’avaient éduqué financièrement. Car en bourse, le temps joue pour nous, les marchés sont structurellement haussiers, environ 7 % par an en moyenne annuelle lissée. 

Au début, j’ai fait des erreurs de débutant, notamment avec un fort biais dividende (je gagnais malgré tout de l’argent globalement, vu les marchés haussiers, mais je sous-performais les indices). Et puis je suis progressivement passé à l’investissement en trackers, pour mieux diversifier et mieux performer, avec moins de stress.

Beaucoup de personnes se tiennent éloignées des marchés par peur de perdre de l’argent, sans doute influencées par les informations souvent alarmistes des médias. Pensez-vous que tout le monde peut investir en Bourse, même sans vraiment s’y connaître ?

Dès lors que l’on investit en bourse, il existe un risque de perte en capital. Il ne faut pas le minorer ou le nier. Mais il s’agit d’un risque contrebalancé par d’excellentes performances à long terme. Beaucoup d’épargnants, en particulier en France, se focalisent sur le risque et passent à côté de l’excellent support que constituent les actions pour développer son patrimoine.

La clef d’un patrimoine performant et résilient est la diversification. En ce sens, cela nous paraît compliqué de faire l’impasse sur les marchés actions ! Les épargnants français ont un biais très marqué pour l’immobilier, espérons qu’avec le temps, les marchés actions connaîtront un engouement plus fort. Le gouvernement pénalise les gros patrimoines immobiliers avec l’impôt sur la fortune immobilière (IFI), cette mesure va dans le sens d’un rééquilibrage des patrimoines en faveur des actions.

Nous pensons que tout le monde peut investir en bourse, à condition d’avoir conscience qu’il s’agit d’un placement de long terme. Il y a des solutions très simples pour investir en bourse, sans être un as de la finance, on l’explique sur notre site avec nos guides pratiques.

A propos des personnes qui ne connaissent pas le monde de la Bourse, comment leur conseillez-vous de procéder pour investir au plus vite ?

Le plus simple pour investir en bourse sans délai et sans connaissances préalables est d’opter pour une bonne gestion pilotée. En assurance vie généralement, cela permet d’investir en déléguant la gestion à un professionnel. Il investira selon votre profil épargnant, avec plus ou moins d’actions et d’obligations.

Quant aux épargnants qui ont un peu de temps à consacrer à leur épargne, ils peuvent se former et ainsi gérer en direct leurs placements. Ainsi, ils pourront passer leur assurance vie en gestion libre et passer des ordres en direct sur leur plan d’épargne en actions (PEA) pour souscrire des parts de fonds en actions. Pour faire au plus simple et au plus efficace, on peut se contenter de trackers. Pas besoin d’un portefeuille avec 50 actions différentes, un simple tracker World sera plus diversifié, plus performant et moins volatile sur le long terme.

Pouvez-vous nous donner les grandes lignes de votre stratégie d’investissement et nous dire combien de temps vous y consacrez par mois ?

Personnellement [Ludovic], j’ai passé une dizaine d’années à faire du stock picking : je sélectionnais moi-même les actions que j’intégrais dans mon portefeuille. Cela me prenait beaucoup de temps pour lire les rapports des entreprises, suivre les résultats trimestriels, dénicher de nouvelles opportunités, etc. Certaines années, j’ai battu les indices, et certaines autres années, les indices m’ont battu…

Finalement, j’ai réalisé qu’il serait beaucoup moins chronophage et tout aussi efficace pour moi d’investir sur les indices en passant par des trackers (fonds indiciels/ETF). J’ai donc progressivement vendu mes actions détenues en direct et j’ai arbitré mon portefeuille vers des fonds indiciels.

Dans les grandes lignes, Nicolas et moi avons la même approche de l’investissement en actions. Comme beaucoup d’autres investisseurs, nous sommes des adeptes des trackers reproduisant la performance de l’indice MSCI World. Cet indice offre une belle diversification sur près de 1600 actions des plus grandes entreprises de pays développés. Le MSCI World profite notamment de la bonne performance des valeurs technologiques américaines, mais sans faire l’impasse sur les autres secteurs d’activités. Ce fonds est très intéressant pour diversifier son allocation en actions avec une seule ligne en portefeuille. C’est un support offrant une simplicité sans compromis sur la performance.

On y consacre 2 minutes par mois seulement. Juste le temps de passer un ordre d’achat, car on investit tous les mois, sans se poser de question, quel que soit le niveau des cours. C’est contre-intuitif, mais en débranchant le cerveau et en y passant peu de temps, on est plus performants. 🙂

Il faut aussi investir via les bons outils. En France, on a la chance de pouvoir profiter de belles niches fiscales pour investir : l’assurance vie et le PEA. On peut capitaliser sans impôt, et également sortir les gains sans impôt en optimisant !

Quel est selon vous le facteur le plus important pour réussir ses investissements en Bourse ?

Le plus important est d’abord de définir une allocation (à long terme) et de s’y tenir, par exemple 25 % de son patrimoine en bourse.

Il faut éviter de céder à la panique lors des périodes de baisse des marchés : ne pas vendre au plus mauvais moment, laisser passer l’orage, voire racheter des actions pour rééquilibrer son allocation cible (le pourcentage du patrimoine que l’on souhaite détenir en actions). À l’inverse, lors des moments d’euphorie, lorsque les marchés montent très haut, il faut aussi garder la tête froide et éviter de surpondérer son allocation en actions.

Un autre facteur tout aussi important est de choisir les bons produits financiers. Certaines banques de détail proposent des fonds actions “maisons” peu performants et avec beaucoup de frais de gestion. Il faut éviter ces fonds et en préférer d’autres avec peu de frais de gestion (notamment des fonds indiciels). Et puis choisir les bons outils : un bon PEA et de bonnes assurances vie. Ensuite, tout se joue dans le comportement (rester discipliné).

Même les plus brillants investisseurs commettent des erreurs durant leur parcours. Quelle a été votre plus grosse erreur dans votre carrière d’investisseur en Bourse ?

Ludovic : lorsque je faisais du stock picking, il m’est arrivé de surpondérer une valeur qui a connu une évolution défavorable. Cette année-là, la performance globale de mon portefeuille a été sensiblement inférieure à celle des indices, malgré le temps passé à gérer mon portefeuille… C’est à partir de ce moment-là que j’ai réalisé que le plus simple et le plus efficace était d’opter pour une gestion passive via des fonds indiciels.

Nicolas : au début, j’avais tendance à n’investir que sur les valeurs françaises. C’est le fameux biais domestique. Alors que la France pèse très peu, moins de 4 % de l’indice monde. Finalement, j’aurais eu une performance bien meilleure si j’avais respecté la pondération d’un ETF World, avec 60 % d’USA. Mais je me pardonne, cela fait partie du rite initiatique, on commence quasiment tous avec le biais domestique, le biais dividende et l’envie de faire du stock picking…et puis après quelques années, on finit par comprendre !

En fait, il ne faut pas chercher à être un brillant investisseur, juste un investisseur moyen. Car faire la performance moyenne du marché grâce aux ETF, c’est déjà battre plus de 90 % des investisseurs et même des professionnels !

Les ETF sont les actifs que je privilégie personnellement. Un débat qui revient souvent à propos de ces produits est le risque associé aux ETF à réplication indirecte, aussi dits synthétiques. Quel est votre avis ? Selon vous, vaut-il mieux se cantonner aux ETF à réplication physique ?

Bien vu ! Nous privilégions également les ETF.

Dans le doute, on peut privilégier les ETF à réplication physique lorsque l’on investit en assurance vie. Les meilleurs contrats d’assurance vie donnent accès à plusieurs dizaines d’ETF. En revanche, lorsque l’on investit via le PEA et que l’on souhaite une allocation monde, on n’a pas d’autres choix que de se tourner vers les ETF synthétiques, cela ne nous pose pas de problème.

On trouve des ETF synthétiques répliquant le MSCI World éligibles au PEA. Nous avons confiance dans ces produits. Mieux encore, la combinaison PEA + allocation monde est optimale en termes de performance et de fiscalité. Nous avons de la chance que le législateur autorise ces fonds au sein d’un PEA. La fiscalité du PEA est très attrayante. Par ailleurs, le PEA ne supporte pas de frais de gestion contrairement aux unités de compte des contrats d’assurance vie.

Certaines personnes ne peuvent pas envisager d’investir en Bourse, par peur de perdre une partie de leur capital, même temporairement. Comment leur conseilleriez-vous de placer leur argent ?

Cette crainte est légitime. La seule façon de s’affranchir du risque de perte en capital est d’investir avec un horizon d’investissement de plus de 10 ans. À long terme, le risque de perte en capital devient très faible. Les dividendes accumulés finissent d’ailleurs par représenter plus que le capital investi !

Pour rassurer ces personnes réticentes, on peut aussi leur montrer les courbes de progression des indices (dividendes réinvestis). Les performances passées ne préjugent pas des performances futures, mais on voit que les marchés finissent systématiquement par remonter plus haut, ce qui est plutôt rassurant.

Au pire, on peut mettre une somme sur une gestion pilotée et ne jamais aller voir le résultat pendant 10 ans, jusqu’à ce qu’on ait besoin de retirer. Il est inutilement stressant d’aller consulter sa performance régulièrement.

Si vous ne deviez choisir qu’une seule proposition ? Et pourquoi ?

Joker ! 

On pense que bourse et immobilier sont complémentaires, impossible de trancher. C’est une question centrale dans le cadre de la gestion globale de son patrimoine. Nous l’avons dit plus haut, les Français privilégient largement l’immobilier plutôt que les actions pour développer leur patrimoine. 

Cela s’explique pour 2 raisons : la volatilité de l’immobilier est plus faible que celle des actions, c’est un élément rassurant. La deuxième raison est que l’investissement immobilier peut se faire à crédit, ce qui constitue un levier très intéressant pour développer son patrimoine. En particulier pour les investisseurs débutants avec peu de capital, mais des revenus du travail permettant de d’emprunter 100, voire 200 k€ et ainsi réaliser des investissements immobiliers importants.

Cela étant, un patrimoine essentiellement composé d’immobilier n’est pas optimal en termes de diversification et de résilience aux aléas économiques. C’est la raison pour laquelle on recommande aux épargnants de bien prendre en considération les atouts de la bourse pour diversifier leur patrimoine. Rappelons que les marchés actions sont la classe d’actifs délivrant une des meilleures performances à long terme, et que l’on peut facilement optimiser la fiscalité des gains en investissant via l’assurance vie, le plan d’épargne en actions ou le plan d’épargne retraite (nouveau dispositif très intéressant au demeurant pour réduire son impôt sur le revenu).

Vous l’aurez compris, clairement on choisit ETF ! On peut très bien se passer de titres vifs, car avec un ETF World on peut déjà investir sur plus de 1600 titres en un seul ordre ! Et on peut compléter cet ETF World avec un ETF émergent et un ETF small caps, par exemple.

On choisit le PEA, jusqu’au plafond de versement 150 k€. Car en plus, le PEA permet d’investir à l’international, comme on l’a vu avec les ETF. Et l’assurance vie peut compléter, car on dispose aussi d’un bon choix d’ETF sur les bonnes assurances vie.

Je vous remercie d’avoir pris le temps de répondre à mes questions et vous souhaite le plus grand succès possible pour votre site et vos investissements !

Merci Julien, c’était un plaisir, on continue de suivre Etre Investi et on souhaite le meilleur aux lecteurs !

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