On lit partout que la Bourse rapporte 8 à 10 % par an.
Mais soyons honnêtes : qui obtient vraiment ces performances ?
Ces chiffres font rêver, mais ils viennent des rendements historiques des grands indices boursiers (S&P 500, MSCI World, CAC 40 GR…). Et surtout, ils supposent un scénario bien précis : tout investir d’un coup, et ne plus y toucher pendant 30 ans.
Dans la vraie vie, les choses sont un peu différentes.
La plupart des investisseurs préfèrent investir progressivement, chaque mois, via la méthode du DCA (Dollar Cost Averaging). C’est plus sûr, plus rassurant… mais aussi moins rentable.
Alors, que peut-on vraiment espérer en investissant de façon réaliste ?
Plutôt 4 %, 6 % ou 9 % par an ?
Dans cet article, je vous montre la vérité derrière les chiffres : les rendements que les marchés ont réellement offerts et ceux que vous pouvez raisonnablement viser selon votre façon d’investir.
Les rendements historiques des marchés financiers
Quand on se lance en Bourse, une des premières questions qui vient à l’esprit est simple :
« Quel rendement puis-je réellement espérer ? »
Pour se projeter, on cherche logiquement à connaître les rendements historiques des marchés financiers.
Inévitablement, on tombe sur la fameuse phrase : « Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. »
C’est vrai, mais plus la période considérée est longue, plus les rendements observés deviennent représentatifs. En effet, ces rendements intègrent aussi bien les phases de krachs que les périodes de forte croissance.
Voici donc un aperçu des rendements annualisés historiques (dividendes réinvestis) des principaux indices mondiaux, bruts d’inflation :
- MSCI World entre 1970 et 2024 (55 ans d'historique) : 9,89 % (source : Wikipedia)
- S&P 500 depuis 100 ans (l'indice a été créé en 1957, avant c'était le S&P 90) : 10,46 % (source : Tradethatswing)
- CAC 40 GR entre 1988 et 2024 : 8,85 % (source : Wikipedia)
- MSCI ACWI entre 1987 et 2025 : 8,72 % (source : Curvo)
- MSCI Emerging Markets entre 1987 et 2025 : 9,91 % (source : Curvo)
- Nasdaq-100 entre 1985 et 2024 : 13,88 % (source : Wikipedia)
Pris tels quels, ces chiffres laissent penser qu’il serait facile de réaliser entre 9 % et 13 % par an en investissant sur les marchés boursiers.
Mais est-ce vraiment aussi simple que cela ?
Pas tout à fait… et c’est ce que nous allons voir maintenant.
Quand peut-on vraiment espérer le rendement historique d’un indice ?
Comme nous venons de le voir, les grands indices boursiers affichent des rendements annualisés compris entre 8 et 10 % sur de longues périodes. Certains, comme le Nasdaq, ont même fait mieux.
Mais dans quels cas peut-on réellement espérer obtenir ces rendements pour son propre portefeuille ?
Prenons un exemple concret.
Vous disposez de 100 000 € à investir et vous placez l’intégralité sur un ETF MSCI World.
Supposons que l’indice réalise son rendement historique moyen de 9,89 % par an.
- Après un an, votre capital passe de 100 000 € à 109 890 €
- Après deux ans, il atteint 120 758 €
- Et au bout de 30 ans, votre patrimoine grimpe à près de 1,7 million d’euros !
Une performance impressionnante !
Mais attention : cela n’est vrai que dans un cas précis, celui où vous investissez tout d’un coup et laissez l’argent travailler pendant des décennies, sans jamais y toucher.
Dans la réalité, peu d’investisseurs placent 100 000 € d’un seul coup.
La plupart préfèrent investir progressivement, chaque mois, à travers la stratégie du DCA (Dollar Cost Averaging).
Et là… les rendements changent considérablement.
DCA : plus de sécurité, mais un rendement plus faible
Que se passe-t-il si ces mêmes 100 000 € sont investis progressivement sur 30 ans, plutôt qu’en une seule fois ?
Pour bien comprendre, prenons un exemple simple.
Imaginez un investissement de 1 200 € dans un actif rapportant 9,89 % sur un an.
👉 Placés en une seule fois, vos 1 200 € deviennent 1 318,68 € au bout d’un an.
Mais si vous investissez 100 € chaque mois pendant un an, le capital total final n’est plus que de 1 253,47 €, soit 65 € de moins.
Le rendement annualisé tombe alors de 9,89 % à 4,87 %.
Pourquoi une telle différence ?
C’est tout simple :
- Les 100 € du premier mois ont travaillé 12 mois
- Ceux du deuxième mois, seulement 11 mois
- Et ainsi de suite, jusqu’aux 100 € du dernier mois, investis trop tard pour générer beaucoup d’intérêts
À l’inverse, investir tout d’un coup permet à la totalité du capital de produire des intérêts immédiatement.
Revenons maintenant à notre exemple de départ.
Investir 100 000 € d’un seul coup sur 30 ans permettait d’obtenir 1,7 million d’euros.
Mais si vous investissez la même somme étalée sur 30 ans, soit environ 277,78 € par mois, le capital final n’est plus que de 560 955 €.
Cela correspond à un rendement annualisé de 5,93 %.
Le DCA offre donc plus de sécurité, mais moins de rendement.
Et cette différence devient considérable sur le long terme.
Moralité : plus on investit tôt, plus le temps travaille pour vous.
Exemple concret avec les performances du CAC 40 GR
Le graphique ci-dessous compare deux stratégies d’investissement dans le CAC 40 GR, l’indice qui réintègre les dividendes :
- En bleu : vous investissez 100 000 € en une seule fois
- En rouge : vous investissez 100 000 € étalés sur 37 ans, soit environ 223 € par mois
Au bout de 37 ans, la différence est spectaculaire : plus de 2,5 millions d’euros avec l’investissement unique, contre environ 500 000 € avec l’investissement mensuel.
Côté performance, l’écart est tout aussi marqué :
- 9,08 % par an pour l’investissement en une fois
- 4,29 % par an pour la stratégie DCA
A première vue, la conclusion semble évidente : il vaut mieux tout investir immédiatement !
Mais la théorie et la pratique ne racontent pas la même histoire…
Tout le monde n’a pas 100 000 € disponibles aujourd’hui et tout le monde n’est pas capable de voir son capital chuter brutalement sans paniquer.
Dans notre exemple, le portefeuille en investissement unique a connu une baisse de 1,2 million à 500 000 € lors d’un krach majeur. Rares sont les investisseurs capables de rester investis dans de telles conditions.
Ce qu’on peut vraiment espérer en Bourse, en résumé
On le répète souvent : les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
C’est vrai. Mais les rendements évoqués plus haut sont calculés sur des décennies.
Ils intègrent donc des crises majeures comme des périodes d’euphorie boursière.
Autrement dit, sans garantie absolue, on peut raisonnablement penser que les rendements futurs resteront dans le même ordre de grandeur.
Sur cette base, il est possible de définir des fourchettes de rendements réalistes selon votre stratégie d’investissement :
- Lump Sum (investir tout d’un coup) : entre 7 % et 9 % par an sur le long terme
- DCA (investir chaque mois) : entre 4 % et 6 % par an, avec moins de volatilité
Ces estimations supposent un investissement long terme, idéalement au-delà de 10 à 15 ans.
Sur 2 ou 3 ans, les marchés peuvent évoluer dans tous les sens, et le hasard joue un rôle bien plus fort (voir mon article Investissement passif : quelle stratégie est la plus rentable ?).
🎯 Mon cas personnel :
J’investis en DCA depuis 7 ans.
Mon rendement annualisé est actuellement de 4,26 %, ce qui est cohérent avec cette fourchette.
Sur le long terme, je vise entre 6 % et 10 % par an, même si je sais que 10 % reste un scénario très optimiste (voir le Suivi de mon Portefeuille). Pour y tendre, j’investis le plus possible dans les premières années et je renforce mes achats lorsque les marchés baissent.
Mais au-delà des chiffres, l’essentiel est ailleurs : mieux vaut investir régulièrement, même modestement, que de ne rien faire du tout.
Conclusion : mieux vaut viser juste que viser trop haut
En Bourse, il est facile de se laisser séduire par les rendements historiques : 8 à 10 % par an semblent à portée de main.
Mais la réalité est plus nuancée. Ces chiffres correspondent à une stratégie Lump Sum, où tout le capital est investi dès le départ et laissé intact pendant des décennies. Peu d’investisseurs sont capables d’une telle approche, à la fois financièrement et émotionnellement.
En pratique, la majorité des investisseurs choisit le DCA, une méthode plus progressive, plus stable, et surtout plus accessible.
Le revers de la médaille, c’est un rendement souvent inférieur de quelques points, mais bien plus régulier et soutenable dans le temps.
Autrement dit : mieux vaut viser 5 % sûrs et durables, que rêver de 10 % et abandonner au premier krach.
L’important n’est pas de battre le marché, mais de laisser le marché travailler pour vous, le plus longtemps possible.
Et pour ça, deux principes ne changent jamais : commencer tôt et rester investi.


Bonjour, je serais curieux de savoir quel est l’impact sur le rendement suivant le moment où on investit tout d’un coup. J’imagine que si le marché est très haut ou à contrario bas cela doit influencer la performance long terme….je me demande juste dans quelle mesure. Ce serait peut être intéressant de simuler sur 20 ans avec 3 scénarios par exemple (bas, haut, moyen par rapport à une moyenne historique)
Bonjour Philippe,
Merci beaucoup pour ton retour !
Il est clair que le moment où l’on investit tout va influer sur le résultat final. L’impact peut même être significatif !
Je viens de faire une petite simulation rapide :
Si on avait investi 100.000 € en août 2000, juste avant la bulle internet, on aurait obtenu 240.000 € en avril 2025, soit un rendement annualisé de 3,60 %.
Si on avait investi 100.000 € en mars 2003, pile dans le creux du krach, on aurait obtenu 577.000 € en avril 2025, soit un rendement annualisé de 8,3 %.
Enfin, si on avait investi 100.000 € en août 2001, à la moitié de la baisse, on aurait obtenu 331.000 € en avril 2025, soit un rendement annualisé de 5,2 %.
Les rendements annualisés sont donc très différents !
Bonjour,
Je serais curieux de voir ce que donneraient ces calculs en tenant compte de l’inflation sur chaque période considérée. Quel est son réel impact sur le rendement final ?
D’après cette source (https://www.capeutservir.com/finances/inflation.php), entre le 1/1/1988 et le 1/1/2025, l’inflation a été de 94.93%, soit 1,82% annualisé.
J’en conclus donc que le rendement annualisé du CAC 40 serait de 8.85 – 1.82 = 7.03 %.
Est-ce juste selon vous ?
Merci
Bonjour Lionel,
Oui, votre raisonnement me semble juste, vous pouvez retirer la valeur annualisée de l’inflation du rendement annualisé du CAC 40 pour estimer le rendement final net d’inflation.